Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/35

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d’accepter des cadeaux, comme s’ils étaient trop bien payés, hélas ! cette circulaire n’a rien changé pour nous. Cependant, entre temps, pendant les vendanges, par exemple, il y a toujours quelqu’un pour nous faire notre provision de raisins.

Louise eut une moue de désappointement.

— Voyez, le beau coup d’œil, — fit l’institutrice.

Elle venait d’ouvrir la fenêtre qui donne de plain-pied sur un large balcon de pierre.

Le spectacle était, en effet, pittoresque. De tous côtés, s’enlevaient, sur le ciel bleu, des monts rocheux, calcaires, ayant pour seule végétation des touffes de chênes-verts clairsemées et des plantes saxatiles. L’un d’eux, presque chauve, semblait à peine, tant l’air était limpide, à une portée de fusil. Il rayonnait sous les clartés crues du soleil ; ses flancs tourmentés se découpaient nettement, comme historiés par les jeux d’ombre et de lumière dans les anfractuosités des rocs. Entre ces monts et l’école, un terrain plat comprenant le jardin encore vert du presbytère, des champs aux sillons rougeâtres, des vignes aux feuilles jaunes ou carminées. Au fond, les platanes de la promenade, dont les cimes étaient bronzées par l’automne commençant, ressemblaient à un bouquet d’or brun, entouré d’une collerette verte par les branches basses. Ce petit coin, contrastant avec l’aridité des montagnes environnantes, offrait un aspect paisible et souriant et reposait la vue.

Pour logement, une cuisine, une salle à manger et une chambre ; en bas, le bûcher, un jardinet oblong et, auprès de l’escalier, la salle de classe étroite et nue.

— Y a-t-il beaucoup d’élèves ?

— Vingt-cinq environ, aux bonnes époques ; mais la plupart s’absentent lors des récoltes ou suivent leurs parents au bois, pour couper des buis et des bruyères, durant les beaux jours.