Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/36

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La demie de sept heures sonna. L’institutrice, mademoiselle Bonniol, s’excusa, car ses petites filles ne tarderaient pas à arriver. Elle offrit ses services et, alerte, disparut, après leur avoir prêté un balai et quelques ustensiles. Coste et Louise commencèrent le nettoyage. En somme, ils étaient presque satisfaits et gaiement arrangeaient leur nouvelle vie.

— Le logement me plaît, — dit Louise, — mais il nous faudrait une chambre de plus… Nous serons à l’étroit, après mon accouchement.

— Bah ! la salle à manger est inutile ; nous n’avons pas de quoi la meubler… Nous en ferons la chambre de Rose et de Paul et nous mangerons dans la cuisine.

Louise s’appuya bientôt au mur, hors d’haleine, mais toujours souriante. Jean la supplia de se reposer et, joyeusement, un fredon aux lèvres, continua seul la besogne.

Quelques cris d’enfants qui s’amusaient sur la place, devant l’école, frappèrent les oreilles de Coste. Il ne s’en préoccupa guère. Mais au second coup de huit heures, il entendit heurter à la porte d’entrée ; il descendit.

Sur les marches du perron se tenaient à la queue leu leu une dizaine d’enfants. Les parents, ayant appris, la veille, l’arrivée du nouveau maître, s’étaient empressés, pour s’en débarrasser, de les envoyer en classe.

Le plus osé, un garçon de douze ans, demanda :

— Est-ce qu’on fait l’école aujourd’hui, m’sieu ?

Coste hésita d’abord et ne sut que répondre. Du haut de l’escalier, la voix de Louise aux écoutes lui cria aussitôt :

— Mais non, renvoie-les.

Il n’osa, tant l’idée du devoir coûte que coûte était profonde en son cœur.

— Attendez quelques minutes… je reviens, — dit-il, et il remonta.

Les enfants s’éparpillèrent comme un vol de chardonnerets gazouillants.