Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/37

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— Tu les as renvoyés, n’est-ce pas ? — fit Louise.

— Le puis-je vraiment ? Si je les renvoie, ils traîneront toute la journée dans la rue ou iront marauder.

Louise devint maussade et, s’énervant brusquement :

— C’est ça, — grogna-t-elle, — je vais être propre… Est-ce que je puis emménager toute seule, moi ? Je me sens si peu de courage… Je suis brisée déjà… Non, tu es trop bête de les garder, ces enfants ; s’ils vont marauder, que t’importe !

Des pleurs inondèrent ses joues. Jean se fit très doux et, la câlinant, il murmura :

— Non, ma bonne Louise, je ne le puis… Cela produirait un mauvais effet et il faut tâcher que la première impression des parents nous soit favorable. Ces gamins-là sont déjà sans maître depuis quelques jours. Je comprends que les parents, occupés du matin au soir, soient impatients de les savoir à l’école et non à vagabonder dans le village ou par les champs. Sois raisonnable, chère enfant gâtée.

— Oui, — répondit-elle égoïstement, — pour ne pas gêner les autres, gênons-nous… nous ne serons jamais installés… et il me tarde tant de me reposer.

— Mais si… ils sont une dizaine. Je leur donnerai des devoirs à faire sous la surveillance du plus grand et je remonterai tout de suite, quitte à descendre de temps en temps pour m’assurer s’ils travaillent.

Louise s’apaisa. Jean sécha ses larmes sous un baiser ; il dégringola l’escalier, resta absent un quart d’heure et vint reprendre son travail de nettoyage.

Il était en train d’éponger les vitres, lorsqu’à dix heures, on l’avertit que ses meubles arrivaient. Jusqu’à midi, il aida le conducteur à décharger et à mettre en place son mobilier. Il renvoya ensuite ses élèves et courut à l’auberge chercher Rose et Paul.

Il les trouva qui s’amusaient, dans la cour, à poursuivre