Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/75

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des chaussons fourrés dont il aurait voulu les couvrir, traîneraient les vieux souliers, péniblement raccommodés durant ses veilles.

Vers cette époque, deux lettres parvinrent à Coste. L’une, de son tailleur de Peyras, auquel une soixantaine de francs restaient dus et qui, n’ayant reçu aucun mandat le mois dernier, priait Jean « de ne pas l’oublier, fin courant, à cause d’une grosse échéance ». La seconde lettre venait également de Peyras, et était écrite par l’adjoint qui avait prêté cinquante francs à Coste, lors du déménagement. Celui-là aussi demandait à être remboursé. Puis, comme Jean, très embarrassé, tardait à répondre, son ancien collègue lui adressa une deuxième missive, conçue en termes secs et durs, où il se montrait presque irrité qu’on eût gardé, près de six mois, la somme prêtée pour quelques semaines, et allait même jusqu’à parler de mauvaise foi.

Coste répondit aussitôt. Très humblement, en phrases simples et douloureuses, il demanda du temps, s’excusant de son manque de parole bien involontaire, car la maladie de sa femme et la venue des deux jumelles avaient occasionné des dépenses imprévues. Mais au fond, tout ce qu’il endurait commençait à l’irriter : il ne voyait aucun moyen de sortir de son dénuement. Des rancunes lui vinrent, en son être fermentèrent des révoltes, et des pensées mauvaises, bêtes immondes, grouillèrent dans les vases de son âme. Ah ! si sa mère avait voulu, voulait encore ! et il se surprit à détester cet égoïsme d’avare. Comme un éclair, l’idée d’une mort possible, prochaine, désirable presque, traversa son esprit ; mais il en fut aussitôt épouvanté et, dans un accablement immense, il en pleura de honte.

Et tandis qu’assis dans sa classe solitaire, il pantelait d’angoisse à envisager cette situation sans issue et sentait des chocs de folie marteler ses tempes, là-haut, sur sa tête, dans la cuisine, Caussette, méfiante, rôdait, le pas lourd, poussant