Page:Lazare - Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, 1844.djvu/495

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peuple se plaisait à ces spectacles, qui flattaient son imagination par des images vives et frappantes. On pensait autrefois que l’église Notre-Dame, voisine de la rivière, avait été construite sur pilotis. En 1756, on reconnut que les fondations reposaient sur un gravier ferme ; ces fondations étaient formées de quatre assises de pierre de taille excessivement dure faisant retraite les unes sur les autres. Dessous étaient mêlés de gros moellons, du mortier, de la chaux et du sable, formant un corps continu et sans vide, plus solide que la pierre. Sur une plaque scellée dans le mur, à côté de la porte d’entrée, on lisait autrefois l’inscription suivante :

« Si tu veux savoir comme est ample
De Notre-Dame le grand temple,
Il y a dans œuvre pour le seur
Dix-et-sept toises de hauteur ;
Sur la largeur de vingt-quatre
Et soixante-cinq sans rabattre
A de long ; aux tours haut montées
Trente-quatre sont bien comptées ;
Le tout fondé sans pilotis
Aussi vray que je te le dis. »

Majestueusement assise, l’église Notre-Dame a longtemps bravé les siècles et les hommes, qui n’ont pu que noircir ses murailles et dégrader ses sculptures. Autrefois il fallait monter treize marches pour arriver à cette aïeule de nos églises. Le degré, le temps l’a fait disparaître, en élevant d’un progrès irrésistible et lent le sol de la Cité ; mais, tout en faisant dévorer une à une, par cette marée montante du pavé de Paris, les marches qui ajoutaient à la hauteur majestueuse de l’édifice, le temps a rendu à l’Église plus peut-être qu’il ne lui a ôté, car c’est lui qui a répandu sur ces pierres cette sombre couleur des siècles. Les grands monuments ne sont en pleine beauté qu’à l’instant où leur vieillesse commence. L’aspect de la façade est imposant et sévère ; les trois portiques, de formes irrégulières, mais enrichis d’une foule de petites statues et d’ornements admirablement travaillés, ont été en partie mutilés pendant la révolution. Le portail du nord est remarquable par son zodiaque ; au 12e signe, à la place de Cérès, a été exécutée la Vierge-Marie. Les ferrures des portes ouvrages de Biscornet, parurent si extraordinaires, que le peuple voulut absolument reconnaître dans ce merveilleux travail la coopération du diable. Trois galeries se déploient sur la façade. La galerie des Rois, celle de la Vierge et celle des Colonnes. La galerie des Rois contenait vingt-huit statues hautes de 4 m. 50 c. ; elles représentaient les rois de France, depuis Childebert jusqu’à Philippe-Auguste. La seconde galerie devait son nom à une statue de la Vierge. Entre la galerie des Rois et celle de la Vierge, se trouve une des trois grandes fenêtres ou roses formées de vitraux éclatants. Le péristyle de la troisième galerie est enrichi de trente-quatre colonnes, remarquables par leur hauteur et leur gracieuse légèreté. Une grande quantité d’arcs-boutants partent des bas-côtés de l’église et viennent aboutir à la voûte. Des gargouilles nombreuses et admirablement travaillées en forme d’animaux fantastiques, s’échappent de tous les côtés de l’édifice. L’intérieur de Notre-Dame a la forme d’une croix latine. La voûte est supportée par cent-vingt colonnes dans le style roman. Ces colonnes devaient être surmontées d’arcs à plein-cintre mais la construction de l’édifice, souvent interrompue, il en résulta, suivant l’expression de M. Victor-Hugo : « que l’architecte achevait de dresser les premiers piliers de la nef, quand l’ogive, arrivant de la Croisade, vint se poser en conquérante sur les larges chapiteaux romans qui ne devaient porter que des pleins-cintres ; maîtresse dès lors, l’ogive a construit le reste de l’édifice » — Au-dessus des bas-côtés se déploie une fort belle galerie ornée de cent-huit colonnes d’une seule pièce. Cette galerie s’arrête à la croisée. On y monte par trois escaliers : deux qui sont à l’entrée de la nef, et l’autre à droite du chœur, du côté de la chapelle de la Vierge. À ces tribunes ou galeries on attachait, en temps de guerre, les drapeaux enlevés à l’ennemi. — En 1693, un Te Deum fut chanté dans Notre-Dame, en actions de grâces de la bataille de la Marsaille. Le prince de Conti entrant dans l’église, décorée des drapeaux de Fleurus, de Steinkerque et de Nerwinde, prit le maréchal de Luxembourg par la main, et dit en écartant la foule : « Place, messieurs, laissez passer le tapissier de Notre-Dame. » — La première pierre du grand autel fut posée, en 1699, par le cardinal de Noailles, archevêque de Paris. À cette même époque, le chœur fut commencé sur les dessins d’Hardouin Mansart ; il ne fut terminé qu’en 1714, par de Cotte. La sculpture qui embellit Notre-Dame est le plus magnifique travail que le moyen-âge ait produit. Chacune des figures qui décorent cette église est un chef-d’œuvre. Il est à regretter que Soufflot, en restaurant ces figures, en ait abymé plusieurs. Il faut monter 389 marches pour arriver au sommet des tours. La vue embrasse alors un des plus merveilleux panoramas. La charpente des voûtes, appelée la forêt est entièrement construite en bois de chêne. Sa hardiesse et sa solidité sont admirables. Le bourdon, la plus grosse cloche de France, se trouve dans la tour méridionale. Cette énorme cloche fut fondue en 1685, et baptisée en présence de Louis XIV et de la reine. Sa voix puissante domine tous les bruits de la ville, et se répand en sons majestueux dans les campagnes environnantes.

L’église Notre-Dame ne fut pas épargnée pendant la révolution.

Séance du 2e jour du second mois de l’an II de la république Française une et indivisible (23 octobre 1793). — « Le conseil général, informé qu’au mépris de la loi il existe encore dans plusieurs rues de Paris des monuments du fanatisme et de la royauté ; considérant que tout acte extérieur d’un culte quelconque, est interdit par la loi ; considérant qu’il est