Page:LeMay - Le pèlerin de Sainte-Anne, Tome II, 1877.djvu/252

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


lèvres qu’elle a vues si fatalement muette, si souffrantes, même dans leur sourire. Le soleil se lève dans l’âme de la vierge, et les vapeurs qui ont voilé ses premiers rayons, se dissipent au souffle de la brise matinale… Mais la nuit descend dans l’âme coupable de la femme d’Asselin, et les derniers reflets de la grâce s’éteignent dans les ténèbres profondes de la cupidité. Elle fait un froid accueil à son mari :

— C’était bien la peine, dit-elle, d’aller essuyer la honte d’un refus… Penses-tu qu’ils vont revenir ici ?…

— Oui ils viendront demain, répond Eusèbe, et j’entends qu’ils soient bien reçus. Au reste, que veux-tu faire ? De quoi peuvent te servir maintenant ton ressentiment et ta haine ? Je comprends qu’on puisse ne pas les aimer, et que l’on soit contrarié de leur retour ; mais au moins, il faut savoir dissimuler…

La femme, ne sachant que répondre, tourne les talons en faisant une grimace.

Le maître d’école et le vieux Saint Pierre entrèrent en causant à voix basse. Ils venaient de faire une promenade dans le champ, sous