Page:LeMay - Le pèlerin de Sainte-Anne, Tome II, 1877.djvu/295

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de voir se lever, dans les ombres de la nuit, les spectres des deux morts. Elle frémit, ses yeux grands ouverts croient voir toutes sortes de formes infernales danser sur la cave écroulée. Tout à coup une plainte longue et sourde sort des décombres. Elle s’approche et prête l’oreille avec attention. Une seconde plainte s’élève.

— Est-ce toi, José ? dit la femme épouvantée ; es-tu mort ?

Une voix souterraine murmure : Non… dépêche-toi…

Assurément il n’est pas mort, mais il ne vivrait pas longtemps dans son étroit tombeau. Couché le long des pièces qui formaient le côté de la cave, il eut échappé sain et sauf sans le morceau de bois qui lui écrasa le pied. Il est enfermé comme dans un étui, peut à peine faire un mouvement, et mourrait asphyxié sans le faible courant d’air que laisse passer une fente imperceptible. Il a, lui aussi, des terreurs indicibles et des emportements de damnés. Il invoque le ciel et l’enfer, prie et blasphème, sans pouvoir rompre l’enveloppe de plomb qui le ceinture. Parfois la douleur qu’il ressent au pied lui fait perdre connaissance, et un