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SONNETS RUSTIQUES


LA JEUNE JARDINIÉRE


Elle a, tout en chantant, planté de nombreux choux.
Un merle, beau jaseur, avec plaisir l’accueille.
En des cornets légers sa main poudreuse cueille
Des graines qui, parfois, ont l’air de vrais bijoux.

Puis elle sème alors, avec un soin jaloux,
Rave pourpre et persil à l’odorante feuille.
Voici qu’elle s’arrête et longtemps se recueille
Devant une poussière aux reflets noirs et doux.

Et puis, elle murmure, en des poses lascives,
Mais sans songer à mal : — L’oignon, l’ail et les cives,
Cela donne la faim au lieu de l’apaiser.

Je n’en goûterai pas, leur odeur empoisonne…
Or, quand on est jolie et que l’amour foisonne,
On ne saurait toujours refuser un baiser.