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SONNETS RUSTIQUES



LE MANNEQUIN


Un oiseau vient. Il plane. Agite un peu ta loque ;
Fais croire que tu vis, mon petit mannequin.
Cet oiseau-là, vois-tu, c’est peut-être un coquin
Qui cherche quelqu’endroit où l’on bat la breloque.

Ecoute, je suis sûr qu’il fait un soliloque
En regardant mon champ. Je ne suis pas mesquin,
Mais je ne puis nourrir, tout l’été, ce faquin,
Si je veux qu’à l’hiver la faim ne me disloque.

S’il vient un maraudeur, il est bien entendu
Que tu ne bouges pas. Tu seras un pendu.
Peut-être oubliera-t-il de mordre dans mes pommes.

Pour qui trame le mal tout devient alarmant,
Les bêtes à l’affût ont peur d’un mouvement,
Et l’immobilité déconcerte les hommes.