Page:LeMay - Les gouttelettes, sonnets, 1904.djvu/138

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
136
SONNETS RUSTIQUES



FENAISON


Les baisers du soleil endorment le foin mûr,
La feuillée odorante et le flot d’émeraude.
L’insecte crie et trotte, et le moineau maraude
Pour nourrir ses petits nichés sur un vieux mur.

Le paysan se hâte. Il fauche d’un bras sûr.
Il rit au mil pesant, et souvent son œil rôde
Pour voir si la prairie a retenu, par fraude,
La marguerite blanche et le bleuet d’azur.

L’air est tout embaumé. L’herbe que la faux coupe
Enivre l’ouvrier comme une pleine coupe,
Et le champ large et nu garde encor’ des splendeurs.

Comme le foin tombé sous l’acier qui le fouille,
L’âme du malheureux que l’épreuve agenouille
Autour d’elle répand de suaves odeurs.