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SONNETS RUSTIQUES



À UN POMMIER


Aux amis comme toi, c’est un culte qu’on voue.
Je t’ai vu bien petit et te voilà bien grand ;
Mais quand j’y pense un peu, cela ne me surprend,
Car moi-même en effet j’ai vieilli, je l’avoue.

Au sol qui t’a vu naître un sort béni te cloue.
Tu ne sais rien du mal que là-bas on apprend.
Sous tes rameaux fleuris l’oiseau chante. Il comprend
Que ta feuille tressaille au nom du Dieu qu’il loue.

As-tu prêté souvent ton ombre aux malheureux ?
As-tu laissé tomber tes blanches fleurs sur eux ?
As-tu versé le baume à l’âme tracassée ?

A qui manquait de pain ton fruit s’est-il offert ?
Mais que vois-je pourtant ? Une branche cassée ?…
Ton cœur, comme le mien, vieil arbre, a donc souffert ?