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SONNETS RUSTIQUES



LE BATTEUR DE GRAIN


Il neige et tout est blanc : champs, maisons et préaux.
Des granges, çà et là, paraissent éclairées.
Sous leurs poutres de pin les gerbes d’or, serrées,
Ont l’aspect curieux des murs fauves et hauts.

Dans le calme profond, voilà que des fléaux
Tombent dru, tour à tour, sur les blondes airées.
Et dès les matins clairs jusqu’aux sombres soirées
Les épis mûrs, battus, font pleuvoir leurs joyaux.

Et puis, de temps en temps, dressant sa forte taille,
Un vieux batteur de grain, dans un rêve, détaille
Le nombre des boisseaux quand tout sera moulu.

« Que chaque gerbe ainsi s’égrène en avalanche,
Pense-t-il, souriant, c’est du pain sur la planche,
Bonne dîme au curé, pâques au temps voulu. »