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SONNETS RUSTIQUES



LA FILEUSE


Jusqu’à ce que la nuit effeuille ses pavots,
Le rouet grondera comme l’oiseau gazouille.
Les agneaux sans défense ont livré leur dépouille ;
Elle a filé la laine en soyeux écheveaux.

Et voici maintenant le tour des lins nouveaux.
Ils ont été gardés des baisers de la rouille.
Elle chante et sourit ; puis, devant sa quenouille
Passent des espoirs doux et des rêves dévots.

— Que sera ce beau fil, tout à coup se dit-elle ?
Des nappes pour la table et des draps pour les lits,
Une chemise blanche, une frêle dentelle…

Il est douteux, enfant, l’avenir que tu lis.
Quelque fil que l’on donne à son rouet avide,
C’est parfois un linceul que le fuseau dévide.{