Page:LeMay - Les gouttelettes, sonnets, 1904.djvu/172

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
170
SOUFFLE D'AMOUR



ÂMES ET FEUILLES


La source a déroulé sa dentelle de givre ;
L’insecte ne court plus à son joyeux festin ;
Le champ s’est dépouillé de son riche butin,
Et l’oiseau, dirait-on, dans l’air froid voltige ivre.

Et voici que la feuille au vent d’hiver se livre.
Comme une aile de pourpre, une fleur de satin,
Sans regrets elle vole à son nouveau destin ;
Elle tombe et les bois se ferment comme un livre.

Nos âmes, tout à coup, avant les blancs hivers,
S’effeuillent quelquefois comme les arbres verts ;
C’est quand passe l’amour en ardentes flambées.

Et toujours, désormais, dans leur triste pâleur,
Les feuilles resteront sous les bois sans chaleur,
Mais Dieu relèvera bien des âmes tombées.{