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FANTAISIE



LE PASSÉ


Fatigué de l’espoir qui m’avait tant leurré,
J’errais au champ des morts. Pour toute âme dolente
Le cimetière est bon, la croix est consolante,
Car les morts ont aimé comme nous, et pleuré.

Jamais le sol bénit n’avait ainsi fleuré.
Je prolongeai longtemps ma promenade lente.
Dans les muets sentiers, de son aile opulente
Un brillant papillon m’a soudain effleuré.

Je cours, je veux le prendre et voilà que je tombe.
Il s’éloigne toujours, volant de tombe en tombe
Comme l’esprit errant de quelque trépassé.

— En vain par ma splendeur ta pauvre âme est séduite,
Me dit-il, le regard peut me suivre en ma fuite,
Mais nul ne me saisit, car je suis le passé.