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SONNETS ÉVANGÉLIQUS



LE PUITS DE JACOB


À Sichem où, tremblant, un vil peuple se range
Pour laisser chevaucher le féroce turban ;
A Sichem où jadis fleurissait l’oliban,
Où la cime des monts semblait l’or d’une frange,

Jacob a fait creuser, victorieux de l’ange,
Un puits où descendrait le cèdre du Liban.
C’était pour ses troupeaux, quand il eut de Laban
Vaillamment repoussé la haineuse phalange.

Or, un jour qu’une femme y vint puiser de l’eau,
Vers l’heure de midi, le prophète nouveau,
Jésus, était assis sur l’antique margelle.

— Femme, j’ai soif, dit-il. Elle, d’un regard vif
Scrute cet étranger, et d’un mot le flagelle :
— Je suis Samaritaine et j’ai pitié d’un Juif !