Page:LeMoine - Chasse et pêche au Canada, 1887.djvu/13

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On cite, entre autres gigantesques créatures des temps qui ne sont plus, l’Urus, qui existait encore à l’ère de Jules César ; il était presque aussi grand que l’éléphant, et par la couleur, la conformation, les habitudes se rangeait avec le bœuf ; l’ours des cavernes, encore plus gros que notre énorme Grizzly des Montagnes Rocheuses ; l’hyène et le rhinocéros, ce dernier recouvert d’une espèce de toison laineuse ; l’hippopotame qui fréquentait tantôt le lit des fleuves, tantôt leurs humides bords ; le mammouth, l’auroch, le bison préhistorique ; le bœuf musqué. Ces formidables[1] habitants du monde primitif, objets de convoitise journalière du chasseur, sont disparus, à l’exception du bœuf musqué, relégué maintenant au voisinage du pôle arctique, et à l’exception de l’auroch, espèce de cheval sauvage, dont le czar de Russie conserve encore quelques individus dans les forêts de la Lithuanie. Les autres nous sont connus par leurs os, leurs dents, leur squelette enfouis dans l’alluvion des rivières, à l’intérieur des cavernes, ou, au sein des banquises glacées de la Sibérie, où ils se rencontrent en chair et en os, congelés après des séries de siècles.

C’est donc aux géologues à reconstruire pour le chasseur, ces colosses ; à lui figurer d’après leurs savantes découvertes, les engins et appareils que le chasseur primi-

  1. La tradition de ces effroyables colosses se conserve encore parmi les tribus indiennes. Voici comment un chef Shawnee, dans son langage imagé les a décrits : “ Il y a dix milles lunes, lorsque de sombres forêts envahissaient le domaine du soleil endormi, bien longtemps avant que les faces pâles armées de leur tonnerre, fussent venu sur l’aile des vents, ravager ce jardin de la nature, lorsque les bêtes fauves et des chasseurs libres et sauvages comme elles, régnaient en maîtres sur la terre, il existait une race d’animaux hauts comme des rochers, féroces comme la panthère, rapides comme l’aigle s’élançant de la nue, terribles comme l’esprit des ténèbres. Les grands pins se rompaient sous leur étreinte, les lacs s’asséchaient, quand ils s’y désaltéraient : le dard le plus aigu, la flèche la plus meurtrière rebondissaient, inoffensifs, de leurs flancs rugueux. Un repas de ces monstres suffisait pour dépeupler une forêt :