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AUTOUR DE LA MAISON

venu assez fort, il s’asseyait sur une chaise haute, à côté de sa crèche, et les petits quêteux du « coteau » devaient être fiers de cette supériorité de leur Jésus sur les autres !

Le plus beau de tous, c’était sûrement celui de notre couvent. Il avait les plus fins cheveux du monde, un visage adorable, une robe de soie brodée d’or, et toute une garniture de mousseline fine par-dessus la paille de son lit. Mais il était petit et solitaire, et nous aimions infiniment mieux celui de l’église, qui avait tout un peuple avec lui.

Dans notre paroisse, le petit Jésus habitait une vraie cabane en bouleau, posée sur des roches grises, dans une forêt de sapins. Aux branches des « arbres de Noël » et sur le toit de chaume étaient accrochés des flocons et des cristaux de neige. Vous me direz qu’à Bethléem, il n’y en avait pas autant, mais un Jésus, au Canada, naît dans le cadre du pays ! La crèche était dépourvue d’oreillers et de draps : le Jésus avait une pauvre chemise, mais la sainte Vierge, saint Joseph, le bœuf, l’âne, les bergers, les moutons, et les rois mages l’entouraient. Rien ne manquait, pas même l’étoile !

Nous allions tous les jours l’adorer, l’admirer, le désirer, ce Jésus. Quel petit enfant n’a pas rêvé de l’emporter, de l’embrasser, de