Page:LeNormand - Autour de la maison, 1916.djvu/46

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
46
AUTOUR DE LA MAISON

dragons à sept têtes comme dans les contes de fées. Elles s’abriaient par dessus la tête, mais les visions effrayantes restaient dans leurs yeux. Une rafale plus forte semblait enlever les toits. On entendait un craquement, puis une masse lourde qui tombait en gémissant. Qu’était-ce ? Les petites filles frémissaient, retenaient leur souffle, et le sommeil venait et les emportait loin des bêtes à sept têtes et du vent furieux.

Le lendemain, dans la cour, un des chers vieux érables avait une branche qui traînait par terre, brisée ; une branche énorme et belle, le tronc ayant plus de cent ans. C’était un joli spectacle, les enfants qui jouaient autour, qui sautaient, qui tressaient des couronnes de feuilles et s’en faisaient des parures. Tante Estelle trouvait cela triste. Deux hommes venaient, détachaient la branche de l’arbre, à coups de hache. Elle tombait tout à fait. On se mettait à cheval dessus, les garçons criaient : « Arrié donc ! »

Mais les hommes nous chassaient ; ils plaçaient la branche sur le chevalet, et tirant chacun leur bout du godendart, ils la taillaient et retaillaient. Au grincement de la scie sur le bois frais, on jouait autour des hommes, qui nous racontaient des histoires. Marie et moi, nous ramassions du bran de scie, pour