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AUTOUR DE LA MAISON

de l’eau. Elle formait un quart de cercle qui tournait le coin. Haute, coiffée d’un toit de tôle grise, elle était ornée de contrevents de même teinte, et toujours clos. Jamais je n’ai vu les vitres du coin rond ! Les seules taches, sur l’ensemble gris, étaient les arrêts de contrevents, de beaux « S » en fer rouillé, que l’on faisait rouler en passant…

Le coin rond, c’était, je crois, la buanderie de la Providence, mais c’était avant tout le coin rond, une maison déserte et fermée, un but pour tous les jeux. Si on jouait à la tag, on disait : « Faut pas courir plus loin que le coin rond. » Si on jouait au but volé, on criait : « Un, deux, trois pour Pierre ou Marie, qui se cache au coin rond ! » ” Si on se promenait avec nos poupées, le coin rond, c’était la ville, ou un désert, ou une montagne, ou une gare ! Si l’on devait passer devant pour aller quelque part, dès qu’on l’approchait, c’était plus fort que nous, il fallait prendre une course. Et l’on s’élançait en criant : « C’est moi, le premier rendu au coin rond ! »

Le coin rond, c’était à nous, parce que c’était une maison muette et vide, et qu’on pouvait s’accrocher aux « s » de fer, ou frapper sur les contrevents, ou jouer à la pelote sur les murs, et que personne jamais n’en sortait pour nous menacer de la police, en criant : « Si vous ne