Page:LeNormand - Autour de la maison, 1916.djvu/85

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
85
AUTOUR DE LA MAISON

déjeûner ? Et puis, à la fin, est-ce qu’elle est mangée ? Mais non, sans doute. Dans notre idée, on la menaçait pour rire, la petite souris, pour la faire courir, pour l’effrayer. Elle était trop fine, trop jolie pour qu’on la tuât, et c’était si charmant, cette menace, si souriant, si doux…

Maman aurait recommencé des heures de temps, que nous eussions trotté du même pas, cadencé suivant l’accusation.

Tu nous as dérobé notre bon déjeuner…
Enfin, nous te tenons, petite souris grise,
Enfin, nous te tenons, et nous te mangerons !

Nous te tenons ; c’est maman qui tient. Mangera-t-elle ? Sûrement non ! Et c’est bon de tourner autour de la table, de tourner avec l’impression que si l’on nous attrapait, on ne nous mangerait pas, mais on nous embrasserait !

Tout à coup, on entend à la porte le bruit de la clenche qu’on agite ; on s’arrête, curieux, et monsieur le curé apparaît dans le tambour ; sans cérémonie, il entre à la cuisine. En passant, il a vu courir les enfants autour de la lampe, et il vient leur dire bonsoir, leur distribuer des médailles, les bénir.

C’était un saint vieillard qui adorait les tout petits. Il nous donnait des images,