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AUTOUR DE LA MAISON

ment, nous nous en faisions accroire : « Oui, je sais, c’est rond, ça des yeux, des bâtons, ça tourne, c’est haut ! » Rien à deviner avec des renseignements aussi compliqués, mais nous imaginions mille jouets ! Ensuite, nous échangions nos idées sur la cachette de cette année. Maman avait mis sa commode en coin, c’était laid et ça prenait plus de place. Cela signifiait sûrement quelque chose. Nous irions voir en rentrant ; nous tâcherions d’apercevoir au moins des paquets, et nous rêverions sur leurs formes !

Nous arrivions par la cuisine, en nous recommandant de ne pas mettre notre langue sur la clenche ! Pourtant, mon Dieu, que c’était tentant ce bout de fer glacé ! Je m’approchais tout près, tout près, puis je me redressais brusquement, me souvenant du mal qu’il m’avait déjà fait !

En nous déshabillant, nous poussions le cri traditionnel : « J’ai faim ! » Mère S.-Anastasie, vous n’étiez plus là pour prêcher la pénitence ! Nous garrochions nos claques en l’air, jusqu’au « plancher d’haut », et nos grands bas sous la table ; nous enroulions nos nuages autour des chaises et jetions nos tuques par terre. Mais Julie se fâchait, nous ramonait : « C’est comme ça ? Eh bien, vous ne mangerez pas, mes petites haïssables, si vous ne serrez pas votre