Page:Le Dantec — L'Athéisme.djvu/101

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Dans « l’Entretien d’un père avec ses enfants », Diderot discute une question semblable de tout point à celle du boulanger. Il professe, lui Diderot, la théorie mise en pratique par le bon juge, mais son père est partisan de l’application de la loi ; la conclusion de l’entretien est admirable :

« Mon père, c’est qu’à la rigueur il n’y a point de lois pour le sage…

— Parlez plus bas…

— Toutes étant sujettes à des exceptions, c’est à lui qu’il appartient de juger des cas où il faut s’y soumettre ou s’en affranchir.

— Je ne serais pas trop fâché, me répondit-il, qu’il y eût dans la ville un ou deux citoyens comme toi ; mais je n’y habiterais pas, s’ils pensaient tous de même. »

Loyauté et légalité sont deux mots identiques étymologiquement, mais l’un est populaire, l’autre est savant. Or, il peut arriver que les exigences de la loyauté et de la légalité soient contradictoires : rien n’est plus pénible, pour un homme, que de se trouver pris entre les ordres opposés de sa conscience morale et des lois de son pays ; et si cela est pénible quand il s’agit de discuter ses propres affaires, dans lesquelles on a toujours le droit, si l’on veut, de se faire du tort pour satisfaire sa conscience, combien plus douloureuse doit être la situation d’un juge chargé d’appliquer sévèrement la loi dans un cas où son humanité absout le cou-