Page:Le Dantec — L'Athéisme.djvu/114

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prennent place dans son mécanisme à côté de sa conscience morale, et qui la neutralisent plus ou moins ; cela détend les ressorts de la vie. Un athée qui a beaucoup raisonné ne saurait être ambitieux, et l’ambition est un puissant mobile. S’il allait vraiment jusqu’au bout des conséquences de son athéisme, il n’aurait plus aucun désir, aucun but, il ne ferait plus aucun effort ! À quoi bon ? Heureusement, je le répète, il n’y a pas d’athée parfait, et certains sentiments violents font partie de notre organisme indépendamment de tous les raisonnements. J’ai beau savoir quelle est l’origine ancestrale de l’amour, cela ne m’empêche pas d’être amoureux, et ma logique n’y peut rien. Et si j’ai mal aux dents, la philosophie ne me servira pas de grand’chose. L’idée de Dieu me serait-elle plus secourable ? Dirais-je avec une secrète volupté, comme la nonnain du bon conteur : « Seigneur ! je vous l’offre ! » Un fanatique doit se réjouir de ses souffrances corporelles ; de là est né l’ascétisme ; un athée, au contraire, n’a aucune joie à souffrir et doit l’éviter le plus soigneusement qu’il peut. Une souffrance intolérable conduirait fatalement l’athée au suicide ; un athée ne doit vivre que s’il est heureux ; j’examinerai tout à l’heure l’attitude logique de l’athée vis-à-vis de la mort ; mais je dois affirmer ici, en toute sincérité, que je ne vois aucun raisonnement capable d’arrêter l’athée parfait que le suicide tente. Seulement, il