Page:Le Dantec — L'Athéisme.djvu/115

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n’y a pas d’athée parfait ; la conscience morale impose au plus libéré des athées des devoirs qu’il ne sait pas éviter ; l’athée qui est fils, frère, mari, est retenu, à défaut de raisonnement valable, par le souci du chagrin qu’il causerait, et du besoin qu’ont de lui des êtres chers. Un athée qui serait capable de renoncer à ses devoirs envers le monde, comme le font les moines, se suiciderait fatalement au moindre accroc.

Et personne ne s’en plaindrait.

L’athée logique ne peut prendre aucun intérêt à la vie ; c’est là la vraie sagesse, mais c’est, à mon avis, trop de sagesse ; c’est l’indifférence du fakir. Je suis fort aise, pour ma part, d’avoir, à côté de mon athéisme logique, une conscience morale résultant d’une quantité d’erreurs ancestrales, et qui me dicte ma conduite dans des cas où ma raison me laisserait noyer.

Quoi qu’il en soit de l’existence de cette conscience morale qui corrige l’effet de la raison, la vie de l’athée logique a certainement moins de piment que celle de l’homme dont la conduite est sans cesse dirigée par des principes absolus ; l’athée ne saurait ni haïr ni se venger, ce qui est, dit-on, le plaisir des dieux (et même du Dieu des Chrétiens, si l’on en croyait le père Ollivier !). L’athée peut avoir une vie incomplète ; il ne saurait être méchant.