Page:Le Dantec — L'Athéisme.djvu/118

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aucun de ses ancêtres n’est mort. Tous mes ancêtres sont morts, il est vrai, mais après avoir engendré ceux qui les ont suivis dans la lignée ininterrompue dont je suis le dernier terme, après avoir transmis par conséquent à leurs descendants tous les caractères résultant de leur expérience ; rien donc n’a été transmis jusqu’à moi qui ait rapport à l’expérience de la mort ; je n’ai, ni par moi-même, ni par mes ancêtres, l’expérience de la mort. Aussi je n’y crois pas, et cependant je sais bien que je mourrai ! C’est encore l’histoire de la verticale absolue ; ma raison contredit mon sentiment. On pourrait dire que l’idée de l’immortalité, si générale chez l’homme (et les animaux), est le résultat héréditaire de la continuité des lignées qui n’ont jamais, jusqu’aux animaux actuels, été interrompues par la mort. Il est plus simple d’exprimer la même pensée d’une autre manière : l’homme n’ayant pas l’expérience de la mort ne peut y croire pour lui-même. Il a donc inventé naturellement le dogme de l’immortalité.

La notion de continuité est l’équivalent de celle d’immortalité. Un homme qui croit avoir eu une personnalité continue pendant 70 ans, ne peut admettre que sa personnalité n’est pas éternelle. Toute autre est la croyance de celui qui a compris l’extemporanéité de sa personnalité caduque. Je suis, en ce moment précis, un assemblage de matériaux agencés d’une certaine manière ; dans un instant, je