Page:Le Dantec — L'Athéisme.djvu/265

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pas un mince mérite, car ils ont assurément traversé des périodes plus difficiles encore que n’a fait Siéyès : ils ont su vivre au moins jusqu’à l’âge où ils se sont reproduits. Nous avons, derrière nous, des millions d’années et, en nous, l’expérience de milliers de siècles. N’est-ce rien, cela, et ne nous consolerons-nous pas aisément, si nous n’arrivons pas à retrouver le nom de nos grands-parents d’avant-hier, de ceux qui vivaient au temps des croisades ? Tous ces êtres qui nous ont précédés étaient adaptés au milieu où ils vivaient, assez adaptés pour pouvoir vivre et se reproduire ; ils ont acquis les forces, les ruses, les armes nécessaires, et nous ont transmis le trésor qu’ils avaient reçu et qu’ils ont grossi peu à peu. Ceux qui n’ont pas su prendre l’usage du monde (extérieur), qui n’ont pas su s’adapter aux choses, ont disparu sans laisser de traces ; ils n’ont point de descendants inquiets, qui philosophent et qui se posent des questions. Nous sommes des élus ; voilà de quoi nous rendre très précieux à nous-mêmes ; je pense avec satisfaction à cette lignée d’aïeux et au mérite qu’ils se sont acquis en vivant. Je vais tâcher de les imiter encore un peu. J’accepte très bien votre façon d’exalter notre dignité.

« Mais voici que vous rabattez mon orgueil. Qu’est-ce que tout cela prouve, sinon que nous sommes des êtres possibles ? Notre connaissance du monde extérieur n’a de valeur qu’une valeur