Page:Le Franc - Le destin - nouvelle canadienne inédite, Album universel, 25 août 1906.djvu/10

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


la main. Deux de mes confrères, dont vous voyez les noms, me télégraphient qu’ils arrivent ce soir d’Ottawa et qu’ils ont besoin de me voir. Il faut se sentir les coudes à la veille de la bataille. Je les attends ici pour sept heures. Il ne serait pas intéressant pour vous d’entendre parler politique, n’est-ce pas ? En outre, votre présence chez moi surprendrait peut-être… Mais nous avons quelques instants devant nous. Entrez, nous pourrons causer.

Il jeta en passant un coup d’œil par la porte ouverte de la salle à manger. Sur la nappe déjà mise, un bouquet de mimosa était rudement planté dans un vase, entre les deux couverts.

Richard se mit à rire :

— Ah bah ! voilà qui me surpasse. Auriez-vous fait la conquête de mon vieil hérisson ? Ça n’arrive pas tous les jours que mes amis plaisent à Kate. Ces fleurs sont pour vous, Andrée.

Il lui mit le bouquet entre les mains puis la fit asseoir dans son cabinet de travail, devant le feu de coke. Un découragement l’envahit. Elle avait espéré passer une si bonne soirée, la dernière, avec lui, et cela même lui échappait…

Richard feuilletait des paperasses sur sa table de travail :

— Tenez, dit-il, en se tournant vers Andrée qui respirait machinalement son bouquet de mimosa, désirez-vous entendre ma profession de foi ? Je dois l’envoyer demain à la presse…

Une émotion subtile la pénètre. Combien de fois avait-elle rêvé ce rôle qu’il lui offrait pour un ins-