Page:Le Franc - Le destin - nouvelle canadienne inédite, Album universel, 25 août 1906.djvu/3

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jusqu’à la soudaine apparition de Maurice Richard, venu en tournée électorale dans ce comté de Charlevoix… Oh ! comme elle se rappelait cette soirée… le rassemblement des gens du village sur la place, devant l’église, les lueurs errantes des torches agitées par les brises du Saint-Laurent, l’estrade improvisée, et là haut, dominant la foule, un homme à la haute stature, au visage froid, aux yeux de flamme, aux tempes argentées…

Et son cœur tout de suite pris par cet homme qu’elle devinait supérieur à tout ce qu’elle avait connu, intelligent et énergique selon sa chimère !… son rêve naissant bercé par la cadence de cette voix forte et souple, ses larmes d’émotion versées dans l’ombre, à l’abri des épaisses silhouettes de cultivateurs accourus de tous les coins de la région… puis, après bien des hésitations, les lettres adressées en secret à celui qu’elle se plaisait à appeler son « grand homme », la correspondance anonyme durant près d’une année et enfin la vague de son amour brisant toutes les résistances de sa pudeur : elle, Andrée Trémor, signait ses lettres de son nom et implorant une réponse… cette réponse arrivant telle qu’elle n’aurait osé l’espérer : le député Richard très touché de l’humble adoration de la petite inconnue, désirait la connaître…

Enfin, le voyage à la grande ville lointaine où Maurice Richard habitait, au pied du Mont-Royal, une petite maison enfouie sous le lierre, au milieu d’un jardin à claire-voie, tapissée de vigne vierge… les longues heures passées avec lui au pied de l’acacia aux branches retombantes, l’oubli des angoisses