Page:Le Franc - Le destin - nouvelle canadienne inédite, Album universel, 25 août 1906.djvu/4

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du passé et des menaces de l’avenir, à peine rappelées par la rumeur assourdie de la ville, et l’apparition, sur le seuil de la porte, entre les lions décoratifs du vestibule, de Kate, la vieille gouvernante au visage soupçonneux… après deux jours de causeries timides et de rêves ardents, le retour d’Andrée à son existence campagnarde… l’indifférence absolue de Maurice, amusé un instant par la fraîcheur et la nouveauté de l’épisode, puis repris tout entier par ses ambitions — on chuchotait tout bas que le député Richard serait un jour premier ministre — le désespoir de l’abandonnée revivant les trop rares heures écoulées en la présence de Maurice, les trop rares paroles qu’il lui avait dites, espérant toujours quelque signe de vie de sa part… Mais rien n’était venu durant ces cinq années écoulées…


III


Andrée Trémor continuait ses songeries… Ce n’était pas le désir de retrouver Maurice Richard qui l’avait conduite à Montréal.

Devant son silence persistant, une révolte à la longue, lui était venue. Allait-elle sacrifier sa jeunesse à un amour méconnu, vieillir dans ce village morne sans que jamais un mot de tendresse fleurît sur ses lèvres de vingt ans !

D’abord, elle avait considéré comme une déchéance d’oublier son premier amour ; c’était sa tour d’ivoire à elle, ce culte orgueilleux pour le député Richard ; sur sa jeunesse finie, elle avait fermé le cercle de ses précieux souvenirs… Mais le besoin