Page:Le Franc - Le destin - nouvelle canadienne inédite, Album universel, 25 août 1906.djvu/6

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Elle parcourut les rues, les quais, les jardins publics ensevelis sous la neige, emplit ses yeux de visions de la cité canadienne, afin de pouvoir la décrire à Lucien.

Depuis trois jours qu’elle était à Montréal, elle n’avait pas eu le désir de revoir Maurice Richard, qui habitait toujours la petite maison sous les lierres, au pied de la montagne. Andrée suivait par les journaux l’évolution brillante du député. Il devenait de plus en plus populaire. On disait qu’aux élections prochaines, il abandonnait ses paysans du comté de Charlevoix et qu’il comptait se présenter comme représentant du parti ouvrier de Montréal.

Andrée s’émerveilla du calme parfait qui environnait sa pensée, alors qu’il lui semblait entendre battre le cœur de Richard dans la rumeur de la ville.

Cependant, le jour de son départ, — elle devait prendre le train spécial transatlantique de minuit à la gare Windsor — le désir se leva en elle de le revoir. Elle n’avait aucune idée de défection envers Lucien, mais une sorte de curiosité la poussait à se trouver en présence de celui qu’elle avait tant aimé et qui lui était devenu étranger. Elle voulait éprouver sa force, constater sa libération complète.

Vers midi, elle sonna à la porte à claire-voie. Kate, un peu plus courbée par l’âge, mais l’air toujours aussi malveillant, vint ouvrir. Andrée la reconnut, et cette vue la recula un peu dans le passé.

« Puis-je parler à Monsieur Richard ? demanda-t-elle, en raffermissant sa voix ».

Kate prit sans mot dire la carte qu’elle lui tendait et s’enfonça dans le vestibule de la maison, en faisant traîner ses sandales.