Page:Le Franc - Le destin - nouvelle canadienne inédite, Album universel, 25 août 1906.djvu/7

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Andrée attendit en frissonnant sous les rafales de neige.

Kate revint au bout d’un instant :

— Monsieur Richard est là, maugréa-t-elle.

Andrée la suivit en silence. Le jardin qu’elle avait vu si joli avec sa pelouse verte et ses roses épanouies lui semblait triste, rapetissé, étroit comme une tombe d’enfant perdue sous la neige ; les lattes de la claire-voie étaient brisées en maints endroits, les pampres du lierre ne décoraient plus la façade de l’ermitage, et ces fenêtres aux carreaux blanchis lui serraient le cœur.

Le député était sur le seuil et lui tendait la main.

— Andrée !… murmura-t-il, encore sous le coup de l’étonnement de voir surgir sa « petite inconnue », comme il l’appelait jadis, à laquelle il n’aurait jamais cru le courage de venir chez lui sans qu’il la sollicitât.

Elle dit très vite :

— Oui, c’est moi. Je m’embarque pour la France ce soir, je vais rejoindre mon fiancé et ne reviendrai plus sans doute au Canada. Je n’ai pas voulu partir sans vous dire adieu.

Il l’introduisit dans son cabinet de travail et ils s’examinèrent en silence.

Lui, la trouvait transformée ; il reconnaissait à peine la petite fille craintive et rêveuse dont il gardait le souvenir. Il y avait de l’énergie dans sa voix et de l’assurance dans son regard. Pourtant, sur son visage pâli flottait une tristesse légère, la tristesse de le revoir et de ne plus l’aimer.

Richard, lui, n’avait pas changé ; à peine si ses tempes s’argentaient davantage. Mais c’était les