Page:Le Goffic - L'Âme bretonne série 4, 1924.djvu/137

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cueillis sur cette Marc’harit à Plouguiel et ailleurs la représentent comme une accorte commère, qui n’avait pas froid aux yeux, comme on dit, dont l’humeur n’était pas toujours des plus commodes et qui en aurait peut-être fait voir de vertes à son mari, si celui-ci, en sa qualité de barde, n’avait disposé de certains secrets pour mâter les femmes acariâtres. Il en avait d’autres, sans doute, pour les maintenir dans le droit chemin, mais qui se perdirent avec lui,

    vier Souvestre, la Fantik de Mikael, kloarck breton. À Quimper, Yann-ar-Gwenn (18 ans alors, et non 20) se faisait conduire par un enfant. Tu m’observeras qu’un enfant peut être une sœur cadette. Soit ! Mais au pardon de Rumengol, où Mikael rencontre le barde aveugle, c’est bien sa femme qui l’accompagne : « Fantik, dit-il à sa femme, en jetant sur l’épaule son sac à peau… » Je cite Olivier Souvestre. Eh bien ? marmonnes-tu, il convient de considérer ce pardon comme antérieur à 1810. Car, l’acte de mariage du barde le prouve, « à partir de 1810, Fantik disparut de la vie de Yann-ar-Gwenn, et sa place fut prise par Marc’harit Petitbon. » Turlututu ! Au début de Mikael, le kloarck rêve près d’un étang voisin de Morlaix, par un beau soir de juillet 1858. Quatre jours après il part pour Landévennec, d’où il se rend au pardon de Rumengol. Nous sommes donc en 1858. Tu as bien lu : 1858. Relis maintenant l’acte de décès de Yann-ar-Gwenn, que tu as publié dans le Breton de Paris : « Du 30e jour de décembre 1849… » Mikael (ou Olivier Souvestre) interroge à Rumengol en 1858 Yann-ar-Gwenn mort à Plouguiel en 1819 !!!

    « Moi, ça ne me gêne pas : je sais que les morts ont l’habitude de se promener en Bretagne. La nuit, murmures-tu : mais au grand soleil !… Arrange-toi. Si tu doutes de la présence de Yann-ar-Gwenn au pardon de Rumengol en 1858, je te réplique en doutant de sa présence à Quimper on 1792… ! »

    Mon correspondant avait raison, et la vérité semble bien être en effet qu’Olivier Souvestre a inventé de toutes pièces le personnage de Fantik — comme il a imaginé sa rencontre avec le vieux barde en 1858. — Ainsi les émigrés cambriens et les grognards du premier Empire ne pouvaient croire qu’Arthur et Napoléon fussent morts. Les catégories de temps et d’espace n’emprisonnent que le commun des hommes : un Yann-ar-Gwenn, comme Arthur et Napoléon, leur échappe nécessairement.