Page:Le Goffic - Poésies complètes, 1922.djvu/103

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L’Âme Bretonne vint au monde
Dans son dur berceau de granit,
C’était un soir, un soir d’automne,
Sous un ciel bas, cerclé de fer,
Et sur la pauvre Âme Bretonne
Pleurait le soir, chantait la mer.
 
Fut-ce mégarde chez les fées
Ou qu’au baptême on ne pria,
Blanches et de rayons coiffées,
Urgande ni Titania ?
Il n’en vint, dit-on, qu’une seule,
Aux airs bourrus de sauvageon,
Qui froissait dans ses mains d’aïeule
Des fleurs de bruyère et d’ajonc.

Misère (ainsi s’appelait-elle)
Allait nu-tête et pieds déchaux ;
Mais ce n’est pas sous la dentelle
Que battent les cœurs les plus chauds
Et, se penchant sur la pauvrette.
Qui grelottait, blême et sans voix,
Vivement à sa collerette
Elle piqua la fleur des bois.