Page:Le Guyader - Endymion, 1874.djvu/6

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Dans leurs petites mains ils prennent ses cheveux,
Parfument de baisers chaque boucle volage,
Et les font retomber, en anneaux gracieux,
Partagés sur son front, autour de son visage.
Puis tous, avec des fleurs, ils tressent des festons
Pour son front qui sourit aux fantômes du rêve,
Des chaînes pour ses bras et pour ses pieds mignons,
Pour son sein un collier que le sommeil soulève.

Mais peut-on comparer, parmi toutes ces fleurs,
L’anémone vermeille à sa bouche amoureuse ?
Le lys, avec la rose, a bien moins de couleurs
Et d’éclat que sa joue aimable et savoureuse.
Partout, l’onde et le vent se taisent : Est-ce un bruit
Que ce concert sublime où chaque être murmure,
Harmonieux soupir que pousse la Nature
Avant de s’endormir dans les bras de la Nuit ?
L’Eau, la Terre et le Ciel, sous l’azur, sous les mousses,
Confondus dans le même accord,
Semblent dire tout bas, de leur mille voix douces :
« Silence ! c’est l’Amour qui dort !… »

Tel, aux plaines d’en-haut, où, dans les nuits sans voiles,
Le Grand-Taureau s’enflamme aux rayons des étoiles,
Sirius, au milieu des astres scintillants,
Éclipse autour de lui ses frères moins brillants,
De même Endymion, charme de la Nature,
Plus beau lui-même que les fleurs,
Au milieu des Amours rieurs,
Resplendit sur son lit tapissé de verdure…