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C’est alors que, du sein d’un nuage empourpré,
Diane, la déesse blonde,
Avec son vêtement d’étoiles diapré,
Glissant dans un rayon, apparut sur le monde.
Ce pré, rempli de fleurs, l’attire : elle y descend,
Parcourant du regard les campagnes muettes,
Et secouant, des bords de sa robe d’argent,
La fraîcheur sur la mousse et sur les violettes.

Aussitôt les Amours, troublés dans leur ardeur,
Prennent leur vol, laissant l’auguste Chasseresse
Interdite devant la vue enchanteresse
Du bel Endymion endormi. La pudeur
L’oblige tout d’abord à détourner la tête.
Surprise d’avoir moins d’effroi que de plaisir,
Elle hésite et rougit, fait un pas, puis s’arrête,
Sentant monter la flamme ardente du désir
De son cœur à sa gorge. Elle voudrait encore
S’éloigner… Mais déjà tout son être éperdu
Semble aller au devant du bonheur qu’elle ignore ;
El, près de ce beau corps mollement étendu,
Elle s’assied.
Elle s’assied. Bientôt, le parfum des guirlandes
L’enivre ; et, résolue enfin à tout oser,
Pour exercer sa bouche aux audaces plus grandes,
Sur chacune des fleurs elle met un baiser.
Mais des attraits plus doux l’appellent. Sans haleine,
Diane, avide encor de plaisirs inconnus,
Comme on boit à longs traits dans une coupe pleine,
Embrasse les beaux yeux, les lèvres, les bras nus
Du berger. Il séveille : en voyant la déesse,