Page:Le Guyader - Endymion, 1874.djvu/8

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Il recule déjà ses genoux tout tremblants ;
Mais elle le retient, l’apaise, le caresse,
Et l’enchaîne à ses pieds avec ses deux bras blancs.
« Charmant berger, dit-elle, ô dormeur intrépide,
« Qui donc a pu troubler ton regard si limpide ?
« Quel souci t’inquiète, et que crains-tu de moi ?
« Vois : je suis Diane, la Lune,
« Qu’un caprice de la Fortune,
« Complice de l’Amour, a conduite vers toi.
« Va, bannis tout respect, et regarde sans crainte :
« Mes charmes, non pareils aux tiens, sont-ils moins doux ?
« Viens, assieds-toi pour mieux répondre à mon étreinte :
« Je veux être adorée autrement qu’à genoux.
« Ne songeons qu’à jouir de l’ardeur amoureuse
« Qui va mettre en péril notre virginité.
« Mais soit discret, — dit-elle à moitié sérieuse, —
« Ou bien, crains le courroux de ma divinité ! »


— « Ô lumière du Monde, ô vous sur qui s’imprime
« L’image du Soleil, lui dit Endymion,
« Je ne suis qu’un berger, et c’est peut-être un crime
« À moi, de prendre part à votre émotion.
« Mais puisqu’il vous a plu, souveraine et maîtresse,
« Après m’avoir tiré de cet état mortel,
« De me laisser goûter aux délices du Ciel,
« Prenez ce voile blanc, gage de ma tendresse
« Et de l’amour constant dont je ferai ma loi :
« À vos charmes divins j’en fais le sacrifice,
« Comme Étile, mon père, à ma mère Calice,
« L’avait donné pour gage éternel de sa foi. »