Page:Le Parnasse contemporain, II.djvu/276

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Les chants se sont tus des oiseaux siffleurs ;
Et vers ce beau corps teint de flammes roses
De tous les côtés se penchent les fleurs,
Semblables aux yeux agrandis des choses.




LE SEMEUR


Un large ruban d’or illumine la cime
Des coteaux dont la brume a noyé le versant.
L’horizon se déchire, & le soleil descend
Sous les nuages roux qui flottent dans l’abîme
Comme un riche archipel sur une mer de sang.

De confuses rumeurs s’éveillent par la plaine,
Et dans son champ, debout aux rebords des sillons,
Travailleur obstiné sous les derniers rayons,
Un semeur devant lui lance au loin sa main pleine,
Et chasse des oiseaux les criards tourbillons.

Et l’occident s’écroule où l’astre antique éclate,
Et le semeur, frappé d’un long & rouge adieu,
Par grands gestes, au loin, dans un sinistre jeu
Semble jeter au vent la poussière écarlate
De son cœur calciné dans sa poitrine en feu.