Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/224

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III


Mais vous parlez… Je viens ! j’ai retrouvé mon temple ;
J’y refais, jour par jour, mes haltes d’autrefois ;
J’ai revu, dans l’azur, vos fronts… je les contemple ;
J’écoute avec amour le silence des bois.

Sur vos lacs palpitants, bercé comme les cygnes,
Tout mon être obéit au rhythme harmonieux ;
Et je tiens ma pensée attentive à vos signes
Inscrits par les glaciers dans la splendeur des cieux.

Les neiges, les forêts, les prés, le bleu de l’onde,
En mille tons changeants répondent au soleil ;
Je respire la paix ; la lumière m’inonde :
Mon rêve se poursuit dans un demi-sommeil.

Musique, amour, splendeur de cette heure paisible,
Sereine immensité du monde aérien,
Transparent univers, voile de l’invisible,
Quoi ! tu serais aveugle et ne sentirais rien ?

Tu serais la beauté sans pouvoir te connaître ?
Et quand l’humble mortel, ivre de tes appas,
Goûte ainsi dans ton sein les voluptés de l’être,
Tu répandrais l’amour et tu n’aimerais pas ?