Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/245

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Chef d’ordre, Abbé mitré. Les temps sont révolus
De ta puissance inerte et de ta foi muette.
A la main sans vigueur succède un bras qui fouette,
A l’aveugle un voyant, un mâle au décrépit ;
Car l’heure nous commande et ne veut nul répit,
Car Dieu, que le salut de ce monde intéresse,
Allume entre mes mains sa torche vengeresse,
Et dans mon cœur saisi de joie, ivre d’horreur,
Sa patience à bout fait place à sa fureur.
C’est à moi de brandir la crosse qui t’échappe ;
Par la grâce et le choix je suis légat du Pape,
Je tranche la courroie et romps le joug ancien.
Prends donc. Lis, soumets-toi, va-t’en, tu n’es plus rien. —

Hiéronymus lui dit : — L’éternel Adversaire,
Non content du blasphème est par surcroît faussaire,
Et voici le renard qui vient après le loup ! —

Il lut et tressaillit et chancela du coup.
Puis, comme un pénitent eût fait d’une relique,
Humblement il baisa le Bref apostolique,
Le relut, et, signant trois fois son pâle front :

— Béni soit le Saint-Père, et béni soit l’affront
Qui me foudroie au bord de ma tombe prochaine !
Béni soit le Seigneur qui descelle ma chaîne !
Le poids en était lourd à mon cou faible et vieux,
Et l’ombre de la mort a passé dans mes yeux.
C’est le temps de partir, c’est le temps qu’on m’oublie.