Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/247

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ANDRÉ LEMOYNE

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LES BERCEAUX


La vie est ainsi faite. On dit : « Le monde est grand. »
On a, comme l’oiseau, des instincts d’émigrant,
On voudrait en un jour voir l’Europe et l’Asie.
Les ailes font défaut : « Prenons voile et vapeur.
Nous fréterons un brick ou quelque bon clipper
Qui nous emporte au gré de notre fantaisie.

Nous cueillerons en Chine, au bord du fleuve Amour,
La fleur du Nélumbo ; puis nous ferons le tour,
Par le chemin des eaux, de notre vaste monde.
Nous verrons l’Archipel où les paradisiers
S’enivrent en mangeant la noix des muscadiers ; —
Et les grands papillons des îles de la Sonde.

Dans les chaudes clartés d’un ciel oriental,
Nous verrons s’élargir le cèdre horizontal,
Sur de riches fonds d’or étageant ses ramures ;