Page:Le Parnasse contemporain, III.djvu/55

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Nous nous sommes assis sous un arbre tranquille,
Et, là, je t’embrassais en silence et longtemps,
Tandis que j’écoutais frémir la grande ville
Autour du frais enclos qu’embaumait le printemps.

Je ne sais quel chagrin t’avait un peu pâlie ;
Et, me voyant ainsi triste et silencieux,
Tu te laissas gagner à ma mélancolie,
Et comme pour dormir tu fermas tes deux yeux.

Tu pourras m’oublier, et je pourrai vers d’autres
Porter un cœur changeant qui t’appartint un jour ;
Mais ce pur souvenir des soirs qui furent nôtres
Survivra dans nos cœurs à l’inconstant amour.

Plus que les baisers fous, plus que les nuits d’ivresse,
Plus que les mots brûlants balbutiés tout bas.
C’est la pure, l’intime et suave caresse
Qu’avec plus de regrets tu te rappelleras,

Comme je te verrai toujours dans ma pensée
Pencher sur mon épaule avec tant de douceur
Ta tête confiante, amicale et lassée.
Ce soir où je t’aimais comme on aime une sœur.