Page:Le Parnassiculet contemporain, 1872.djvu/27

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Ces exercices hebdomadaires servent à entretenir intacts parmi nous le sentiment du Bizarre et l’esprit des doctrines pures. Mandarin, avez-vous un critérium ?

Le mandarin comprend tout de travers et rougit imperceptiblement ; le jeune homme aux cheveux d’or continue :

— Il faut avoir un critérium, mandarin ! Barrer son cœur aux passions humaines, et demeurer, ainsi qu’il convient, le spectateur farouche et froid du drame de la vie ; écrire en un style somptueux et compliqué auquel ne puisse rien entendre le Vulgaire, et s’inspirer toujours des temps et des régions énigmatiques sur lesquels flottent comme un voile divin l’Idéal et l’Ombre : voilà le vrai critérium, le seul, le nôtre, celui de l’hôtel du Dragon-Bleu ! Car c’est nous qui sommes les Impassibles !! Je suis, moi, impassible Indou, et je m’en fais gloire ; ce monsieur là-bas est impassible Turc ; son voisin de gauche, impassible Scandinave ; son voisin de droite, impassible Marocain ; et nous serions très-heureux si vous vouliez représenter chez nous l’impassibilité Chinoise.

Pour toute réponse, Si-Tien-Li se lève, fait un grand salut, envoie sa main droite dans sa manche gauche et en retire un petit carré de papier de műrier tout couvert de caractères européens, qu’il passe au jeune homme à la chevelure d’or.

De sa voix douce et bien timbrée, le jeune homme à la chevelure d’or donne lecture du poëme de Si-Tien-Li, traduit du chinois en français par M. Léon de Rosny, chargé du cours de japonais à l’École impériale des langues orientales, chevalier de plusieurs ordres.