Page:Le Parnassiculet contemporain, 1872.djvu/45

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Je prendrai ton baiser chaste et délicieux,
Tes soupirs embaumés, tes serments et ces larmes
Claires comme un poison qui dort au sein des fleurs,
Et l’essaim agaçant des propos querelleurs,
Avec la lâcheté dont tu te fis des armes.

Aimable lâcheté qui lui donnais des armes !
Je prendrai le passé tout entier, nerfs et sang,
Ame, voix et senteurs, ô ma tendre maîtresse,
Et de tes noirs cheveux tortillant une tresse,
Sans pitié je lierai le spectre caressant.

Je te lierai, fantôme horrible et caressant ;
Puis quand ce sera fait, d’une allure très-fière
En long je coucherai le pâle souvenir
Et verrai le doux mort sans aucun repentir
Pour toujours étendu dans l’infrangible bière.

Quand il sera scellé dans la sinistre bière,
Je le ferai porter sur mon plus fin steamer,
Et sans me retourner vers la terre fatale,
Où le Destin stupide à plaisir me ravale,
Sur tes flots attirants je veux aller, ô mer !

Sur l’ennui de tes flots emmène-nous, ô mer !
Et je dépasserai les cercles du Tropique,
Dédaigneux des effrois issus des ouragans,