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lière position du village de Siloé. La montagne presque à pic sur laquelle il s’étage est percée de cavernes profondes dont les habitants, nouveaux Troglodytes, ont profité pour y établir une demeure. D’autres cavernes restées libres servent de magasins ou d’étables, et c’est un spectacle curieux, le matin lorsque les troupeaux se rendent à la pâture, ou le soir lorsqu’ils en reviennent, que de voir glisser à travers tous ces sentiers inaperçus chèvres et brebis, qui semblent tout à coup se montrer sur le faîte d’une maison, puis disparaître aussitôt dans la cavité d’une grotte dont on ne distingue pas l’entrée.

D’après toutes les probabilités, les femmes de Salomon avaient leur palais près de ce village, sur le mont du Scandale ; elles se promenaient dans les jardins royaux que je viens de traverser. Alors comme aujourd’hui ces jardins devaient leur verdure exceptionnelle aux eaux de l’étang de Salomon dont j’entends le murmure derrière moi.

J’arrive à un véritable séjour de la mort ; tout le long de la muraille orientale de la ville, ce sont des tombes musulmanes, en face un cimetière juif, et si quelque grand monument vient rompre la sombre uniformité de ces pierres plates couchées sur le sol, c’est encore un tombeau, seulement il est d’une époque antérieure. Voici celui de la fille de Pharaon, puis ceux de Zacharie, de saint Jacques, d’Absalon et de Josaphat, chacun avec sa forme spéciale, mais curieuse ; enfin à l’extrémité de la vallée, sous ces beaux oliviers, je trouve encore une grotte sépulcrale, saint lieu de pèlerinage pour les juifs qui l’appellent tombeau de Simon le Juste.

Je suis trop près du tombeau des rois (qobour el molouk) pour ne pas le citer ici ; ces caves sépulcrales seraient déjà par elles-mêmes suffisamment intéressantes à visiter, si leur origine n’avait donné lieu à de nombreuses dissertations. À mon avis, j’ai devant les yeux la nécropole de la famille des Hérodes.

Si, revenant sur mes pas, j’explore les deux flancs de la vallée, je verrai d’un côté les ruines d’une belle construction romaine, la Porte dorée par laquelle Notre-Seigneur entra à Jérusalem le jour des Rameaux ; un peu plus loin une piscine délabrée du nom de Natatoria ; de l’autre côté le mont de l’Ascension avec son sol cinéraire et pierreux, ses rares oliviers au feuillage blanchi par la poussière, et les nombreux vestiges de la vie du Sauveur. Le jardin de Gethsémani, bien cultivé par les pères de Terre-Sainte, renferme huit beaux oliviers que nous pourrions, d’après leur taille, faire remonter à l’époque de la Passion, si nous ne savions que Titus brûla tous les arbres des environs de Jérusalem. Devant la porte de l’enclos on montre l’endroit maudit où Judas donna le baiser de trahison, un peu plus loin à gauche la grotte de l’agonie où le Christ sua du sang et de l’eau, et le tombeau de la Vierge, jolie crypte d’un style sévère surmontée jadis d’une église qui a disparu au temps des croisades ; c’était un siége abbatial sous le nom de Sainte-Marie de la vallée de Josaphat.

En gravissant le mont des Oliviers, je m’arrêtai au tombeau des prophètes, vaste nécropole souterraine, qui, je crois, n’a reçu la dépouille mortelle d’aucun Voyant ; quelques minutes après, j’atteignis le sommet de la colline. Le petit village qui la couronne n’offre rien de particulier ; les habitants en sont presque tous musulmans ; pour eux aussi, le rocher d’où le Seigneur s’élança vers le ciel est un sanctuaire révéré. Ils ont recouvert d’un petit oratoire la pierre portant l’empreinte divine. Le jour de la fête de l’Ascension, les Latins établissent un autel portatif dans la mosquée et y célèbrent le saint sacrifice ; les autres communions ne jouissent pas du même privilége et officient le long des murs extérieurs Que l’on ne parle pas trop haut maintenant du fanatisme des musulmans !


IX


Mais toi, Bethléem Ephrata, la plus petite entre les villes de Juda, c’est de toi que sortira le dominateur en Israël.
Michée.


Bethléem. — Vasques de Salomon. — Mont des Français.

Sorti par la porte de Jaffa avec des chevaux de selle et de charge, et de plus avec quelques cavaliers d’escorte, je traverse une plaine fort étroite, celle où fut détruite l’armée de Sennachérib. Au milieu de la route s’ouvre un puits à margelle basse, ressource précieuse pour les troupeaux qui paissent aux environs. On l’appelle Puits de l’Étoile. D’après la tradition, les mages auraient revu à cet endroit l’étoile divine qui avait guidé leur marche depuis leur départ d’Orient. Un quart d’heure plus loin s’élève un beau couvent grec sous l’invocation d’Élie ; l’église byzantine est intéressante à visiter. En face, on me montra sur un rocher bordant la route un creux informe, objet de vénération pour les pèlerins schismatiques ; c’est, disent-ils, l’empreinte laissée par le prophète Élie, qui s’endormit un jour sur cette pierre.

Ici la plaine s’élargit, les champs bien cultivés se couvrent au printemps d’une robe dorée, et bientôt tombent sous la faucille du moissonneur les gerbes pesantes du blé, de l’épeautre, de l’orge. Presque toute cette partie du pays appartient au papas Nicophoris, moine grec dont la fortune le fait d’autant plus considérer parmi les siens qu’à sa mort tous ses biens doivent revenir è la communauté.

Rachel se rendait avec Jacob à Ephrata lorsque, en mettant au monde Benjamin, elle mourut. « Elle fut ensevelie au chemin d’Ephrata qui est Bethléem, et Jacob dressa un monument sur sa sépulture qui subsiste encore aujourd’hui. »

Je fis un léger biais à droite pour voir cette tombe ; les musulmans l’ont en grande vénération, et ont remplacé le monument juif par cet édifice carré surmonté d’une coupole qu’ils appellent Oualy. Trois quarts d’heure après, j’entrais au couvent des pères Franciscains de Bethléem.

L’aspect du village est gai et souriant, il sent l’aisance dont jouissent les habitants ; les alentours sont bien cultivés ; je remarque parmi les arbres, outre l’olivier tra-