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paroles devenues proverbe : « Nul n’est reçu prophète dans sa patrie. »

Le costume des habitants de Nazareth présente un grand intérêt à l’observateur ; nulle part ailleurs il n’a conservé aussi intact qu’ici le caractère hébraïque. La Vierge devait le porter tel qu’on le voit aujourd’hui ; cette coiffure sévère a encadré son visage où l’ange de la résignation avait gravé dès le début l’empreinte d’une douce mélancolie.

À une heure vers le nord, je retrouve de nouveau le souvenir de la Vierge ; les ruines d’une église rendue depuis peu au culte sur les instances de M. Edmond de Lesseps, marquent à Safourieh, l’ancienne Séphoris, l’endroit où elle a passé sa jeunesse dans la maison de Joachim et d’Anne.

Encore une journée de marche, et j’aurai atteint le but de mon voyage. Voilà le promontoire du Carmel, et, au sommet de la montagne, un château fort sur lequel flotte le drapeau français. J’approche, et la pieuse forteresse devient un couvent des révérends pères Carmélitains.

Nazareth. — Dessin de Thérond d’après une photographie.

Après une visite à l’école des prophètes, à la grotte d’Élie qui s’ouvre au fond de la nef de l’église, au cénotaphe élevé à la mémoire des Français morts au siége de Saint-Jean d’Acre, admirons le panorama qui se déroule devant nos yeux. Sous nos pieds, Caïffa, qu’un grand prêtre dépouilla de son nom de Porphyrion, se mire dans les eaux bleues de son golfe, en face d’Acca, sa rivale. Entre Acre et Caïffa coule le torrent de Kisson dont les eaux furent ensanglantées par les cadavres des soldats de Siséra. Cette vaste plaine à notre gauche, c’est la plaine d’Acre ou de Ptolémaïs, témoin du courage des croisés, tandis que, devant nous, fuit celle d’Esdrelon que traversèrent en vainqueurs nos soldats de la république.

Du haut de cet observatoire, l’œil découvre chaque jour quelque nouveau sujet de contemplation. Je ne pouvais me lasser d’y monter, et je m’y serais peut-être oublié si l’on n’était venu m’annoncer l’arrivée du vapeur qui devait m’emmener vers d’autres contrées.

Que ne reste-t-il pas à apprendre sur cette Palestine si petite par son étendue physique, si grande par la place qu’elle occupe dans le monde moral ? La religion, la philosophie, la science ont là un champ d’études qu’elles n’épuiseront pas. Que les explorateurs s’y lancent en toute confiance, ce n’est ni la matière, ni l’intérêt public qui leur feront défaut.

X.
FIN DU PREMIER VOLUME.