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Cases de Soninkés (frontières nord du Fouta-Djalon). — Dessin de Sabatier d’après M. Lambert.


VOYAGE DANS LE FOUTA-DJALON,

EXÉCUTÉ D’APRÈS LES ORDRES DU COLONEL FAIDHERBE, GOUVERNEUR DU SÉNÉGAL,
PAR M. LAMBERT[1],
Lieutenant d’infanterie de marine.
TEXTE ET DESSINS INÉDITS COMMUNIQUÉS PAR LE MINISTÈRE DE LA MARINE ET DES COLONIES.
1860


D’Ansanqueré à Timbo. — Le Kokoulo et ses affluents. — Le bassin du Tené (haute Falémé). — Faucoumba. — Porédaka. — Sori Ibrahima, l’almamy régnant. — Élasticité des estomacs africains. — Faveur royale et ses suites.

Le message du chef de Labé levant toutes difficultés, je m’empressai de justifier de mon mieux l’allusion à ma générosité qui le terminait ; après avoir remis à Oumar, pour son suzerain un burnous, un sabre, quatre paires de pagnes, un coupon d’écarlate et un bonnet de velours brodé d’or, je repris la route de Timbo, escorté de six esclaves, trois hommes et trois femmes, envoyés à l’almamy par Abdoulaye et Oumar, comme un à-compte sur les impositions de leurs gouvernements. Ces pauvres gens devant en route me tenir lieu de portefaix, je fis alléger autant que je le pus les fardeaux incombant aux trois femmes. Soumises d’habitude à un traitement tout opposé, elles parurent aussi reconnaissantes qu’étonnées de cette petite attention.

D’Ansanqueré à Faucoumba la route traverse une série de plateaux et de vallons, inclinés tantôt au sud-ouest avec le Kokoulo et des affluents, tantôt au nord-est avec les ruisseaux qui forment la Falémé. Je pus reconnaître d’un des points élevés de la ligne de faîtes, près du village de Telcré, la tranchée que le Tené, branche mère de cette rivière, s’est ouverte dans l’arc de cercle le plus occidental que forment les montagnes du Fouta-Djalon. Je ferai remarquer à ce sujet que pour reconnaître la branche principale ou la source d’un fleuve, il importe bien plus au voyageur d’observer la configuration générale des hauts bassins que de rechercher tel ou tel filet d’eau qu’à tout hasard et le plus souvent dans un intérêt de vanité locale, un indigène vous désigne comme la source de telle ou telle rivière.

Faucoumba, où j’arrivai le lendemain, est la ville sainte du Fouta-Djalon ; elle fut le berceau de l’islamisme dans ce pays, et c’est de son sein que sortirent, il y a moins d’un siècle, les conquérants foulahs qui subjuguèrent les Djalonkés ; aussi jouit-elle du privilége de nommer les almamys. Les anciens de la ville sont chargés de ce soin ; mais le droit de l’électeur n’est pas parfaitement défini. Les hommes influents de toutes les parties de l’empire, viennent toujours y apporter leur voix, et souvent le poids de leur épée. Dans cette assemblée, comme dans toutes celles du même genre, il n’y a point de vote. Chacun émet son opinion pour son candidat, et la nomination se fait ensuite par acclamation, comme autrefois dans les élections polonaises. Ordinairement, pendant le résumé des débats, le chef du village est le président de ces étranges comices. Du reste cette institution, qui ne repose, sur aucune loi solide, mais bien sur une coutume mal définie, est complétement éludée par les aspirants au trône. Ils se rendent avec leurs partisans en armes sur les lieux de la délibération. Des conflits sanglants en résultent presque toujours, et c’est le plus fort qui l’emporte, momentanément du moins, car le vaincu est ordinairement loin de se soumettre

  1. Suite et fin. — Voy. page 373.