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beauté. Le mot kadamgàh est composé de deux substantifs persans kadam (pied) et gàh (place), et veut dire empreinte du pied. Ce nom a été donné à la mosquée parce que l’on y conserve, fixée dans le mur, une pierre noire, espèce d’ardoise portant des traces très-distinctes d’un pied humain, empreint en creux. Comme de raison, on prétend que c’est une marque laissée par l’iman Aly, fils de Moussa-Riza, sur un rocher où il pria lors de sa persécution. Évidemment c’est une supercherie cléricale. La pierre miraculeuse fut offerte en cadeau au chah Souleiman par les séides de l’endroit, et il ordonna la construction de cette mosquée en instituant les donateurs gardiens héréditaires du temple.

Le katigàh ou grand cimetière de Méched. — Dessin de A. de Bar d’après une photographie de M. de Khanikof.

Le 4, nous partîmes de grand matin. Le terrain commence à monter aussitôt qu’on dépasse la mosquée, mais jusqu’au village de Derroud, noyé dans ses nombreux jardins fruitiers, la route est large et belle. Immédiatement derrière cet important village, la vallée de sa rivière se rétrécit, les arbres deviennent moins rares, et l’on finit par entrer dans un véritable bois de saules, de peupliers et de mûriers. Il faut avoir voyagé en Perse pour savoir apprécier les beautés d’une forêt. Les eaux, resserrées par des masses imposantes de rochers, s’élevant à droite et à gauche de la route, s’ouvrent un passage tortueux par lequel elles s’écoulent en cascade à travers d’énormes arbres séculaires dont les troncs majestueux étaient presque tous tapissés de plantes grimpantes. Les vigoureuses racines des platanes et des mûriers, ne pouvant cependant percer le roc à peine caché par une mince couche de terre végétale, se frayaient une route à travers les galets amenés par le torrent, et allaient se perdre au fond de son lit variable et sinueux. Au beau milieu de la forêt, sous un arbre, dont les branches formaient un vaste dôme, impénétrable aux rayons