Page:Leblanc - Ceux qui souffrent, recueil de nouvelles reconstitué par les journaux de 1892 à 1894.pdf/117

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LA CHARITÉ



On a souvent au fond de sa conscience un mauvais souvenir, quelque chose dont on est irresponsable, et ce pendant qu’on aurait empêché si l’on avait agi avec moins de dureté, moins d’égoïsme, moins d’indifférence aux misères d’autrui. L’abstention dans le bien peut avoir des résultats aussi funestes que le mal lui-même. C’est ainsi que, moi, je porte le remords d’un crime que je n’ai point commis.


J’étais a Berlin. Un soir, j’allai prendre une glace à la Kaiser Gallerie, un grand passage vitré qui aboutit aux Linden. Vers le milieu se trouve une rotonde qu’occupent les tables d’un café où de nombreux Français se réunissent.

Auprès de moi des promeneurs flânaient, s’attardant aux étalages des marchants de pipes. En face, aux fenêtres du premier étage, on apercevait des uniformes rouges, des habits noirs qui restaient immobiles, puis des gens qui venaient les regarder sous le nez. C’était un musée de cire.

Je demandai des journaux français. Dans l’un d’eux, une grande feuille aus-