Page:Leblanc - Ceux qui souffrent, recueil de nouvelles reconstitué par les journaux de 1892 à 1894.pdf/121

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— Je n’ai besoin de personne.

Il se tut un moment, puis reprit :

— Je suis de Sedan. Mon père est pauvre, et chaque mois, il ne m’envoie que vingt francs pour m’aider à vivre. Nous sommes le dix, je n’ai encore rien reçu.

— Pourquoi ne travaillez-vous pas ? lui dis-je.

— J’ai essayé, on me met à la porte quand on apprend ma nationalité. Mon accent me trahit. Dès que j’aurai de l’argent, je retournerai en France. D’ici là il faut vivre. Si vous pouviez m’obliger…

Je ne doutais pas que ce ne fût un intrigant. L’article sur la charité me hantait. La recommandation concernant les individus correctement habillés et momentanément dans la gêne, s’appliquait à merveille à mon compatriote.

Comme je ne répondais pas, il se désespéra :

— C’est si peu pour vous, quelques francs. Tenez, donnez-moi cent sous seulement. Je coucherai dehors, mais j’aurai de quoi acheter du pain.

— L’argent que vous attendez, demandai-je, où le recevrez-vous ?

— Poste restante, sous mon nom, Henri Bourdin, j’y vais voir tous les jours.